Café Littéraire du mois

Mes pépites du mois d’Octobre

3 novembre 2018

#Cafélittéraire du mois d’Octobre … à consommer sans modération 😉

 

#1 Jack London, Martin Eden 

« C’était un homme sans passé, à l’avenir sombre, à l’amer présent enfiévré du désir de vivre. »

On commence cette sélection par un classique, un magnifique roman paru en 1909, de l’un de mes auteurs préférés, le premier à m’avoir initié à langue anglaise, je trimballe encore « L’appel de la forêt » partout où je vais, cela vous donne une idée de mon attachement à l’écriture sensationnelle de Jack London et Martin Eden ne fait pas exception. Constituant le point d’orgue de son oeuvre, l’auteur nous raconte l’histoire d’un marin de vingt ans issu des quartiers pauvres d’Oakland, une âme vagabonde qui décide de se cultiver pour conquérir le coeur d’une jeune bourgeoise, lorsqu’il se rend compte qu’il n’est pas à la hauteur de celle-ci. 

« Choisissez une belle créature de flamme et de volupté, qui rit de la vie, se moque de la mort, amoureuse de l’amour. »

Lorsque le succès lui sourit en tant qu’écrivain, exalté et fier de sa revanche sur la vie, il se rend compte finalement que la bourgeoisie ne lui convient pas, et que ‘la réussite de son oeuvre met en péril son identité’ comment survivre à l’amour et à la gloire sans se perdre soi même? une quête que Martin Eden entreprend à la découverte de sa vocation, entre enthousiasme et profonde mélancolie, un marin éperdument éprit de littérature.

#2 Rainer Maria Rilke, La Mélodie de l’amour et de la mort du cornette Christoph Rilke

« Chevaucher, chevaucher, chevaucher, le jour, la nuit, le jour. »

Rainer Maria Rilke nous conte ici en prose, l’épopée de l’un de ses ancêtres, Christoph Rilke, parti combattre l’Empire Ottoman au XVIIème siècle, engagé volontaire comme cornette dans le régiment impérial autrichien de Heysten en 1663 ; il est porte-drapeau et porte fièrement cette mission. 

Sous la plume du poète, ‘Christoph Rilke devient l’étendard de la passion amoureuse.’ Il se lie d’amitié, durant cette chevauchée à un marquis français qui lui confiera une rose reçue de son amante en guise de protection. Le cornette, lui même trouvera l’amour dans un château hongrois, le temps d’une nuit, la notion du temps lui échappe auprès de cette étrangère, l’armée turque choisit ce moment pour attaquer. « les cors résonnent, les tambours vibrent, mais le drapeau est absent » Le jeune noble  se réveille trop tard et se trouve isolé et cerné par les flammes. Il court à la poursuite de son régiment avec son drapeau et sa bannière en feu. Il est malgré tout, vite cerné par ses ennemis et trouve la mort sur le champ de bataille à 18 ans. 

Ce petit livre rempli de légèreté est une mélodie délicieuse et hors du temps ! La plume de Rilke accompagne avec subtilité et parfois avec amusement le personnage de son ancêtre, le rend attachant, presque innocent, montre son côté noble et courageux, il lui prête une âme à travers sa mélodie de l’amour et de la mort. 

« du vin sombre et de mille roses, l’heure s’écroule, bruissante, dans le rêve de la nuit »

#3 De Profundis, Oscar Wilde 

Je ne pouvais pas vous faire une sélection sans vous parler d’Oscar Wilde! Il est une référence incontournable pour moi depuis très longtemps, car j’ai l’impression que j’ai appris à lire comme une adulte à partir du moment où j’ai découvert son oeuvre

De Profundis, une référence à une prière pour les morts, récitée lors de l’enterrement dans la tradition de l’église catholique romaine, et qui commence ainsi « de profundis ad te clamavi domine » (des profondeurs nous t’implorons seigneur…) est le titre d’un récit autobiographique, existentiel sur la douleur et l’art, thèmes de prédilection pour Wilde «prosperity,  pleasure and success, may be rough of grain and common in fibre, but sorrow is the most sensitive of all created things. There’s nothing that stirs in the whole world of thought to which sorrow does not vibrate in terrible and exquisite pulsation » 

c’est une longue lettre écrite en 1897 de la part d’Oscar Wilde à son jeune amant Lord Alfred Douglas, depuis la prison de Reading, où il a été condamné à deux ans de travaux forcés pour ‘outrage aux moeurs’ 

Dans cette lettre, il accable Douglas de reproches et l’accuse d’être responsable de sa douleur, de l’avoir abandonné mais lui raconte également, tout ce qu’il a sur le coeur. On voit une co dépendance très accrue entre les deux amants, Wilde fait le bilan de leur histoire d’amour et lui fait état de sa solitude dans des conditions difficiles.  Un cri de douleur mais aussi un des plus beaux témoignages de passion, qui sera publié partiellement, cinq ans après sa mort.

« La Ballade de la geôle de Reading (1898) », le lieu même où Wilde est incarcéré, est inspirée d’une histoire vraie et dramatique,  elle retrace les derniers jours d’un soldat condamné à l’exécution pour avoir égorgé sa femme par jalousie.

Un poème poignant et profondément différent des belles réflexions et de l’esthétique habituelle de Wilde, c’est un chant intime et émouvant qui sera publié après sa mort, survenue en 1900.

Deux magnifiques textes d’Oscar Wilde à lire absolument.

 

#4 Gustave Flaubert, Madame Bovary 

Oui bon, on va quand même laisser un peu de place aux français par ici ! Flaubert, et son cultissime Madame Bovary, à lire absolument sous un plaid, les jours de pluie… je rigole, vous n’êtes pas obligé de vous mamifier pour lire Flaubert.

Néanmoins, cette oeuvre magistrale aura valu un procès à son auteur, et on ne fait pas de procès à une oeuvre inoffensive. Lire Madame Bovary au XXIème siècle c’est se confronter à l’offensive et la corrosion des lignes d’un chef d’oeuvre de la littérature française, un roman d’une sincérité et d’une force inouïe, racontant le destin d’une femme qui, entre un mauvais mariage et les nombreux amants vains et égoïstes défilant son quotidien, se confronte à une réalité humaine qu’est le manque de sa propre vie. 

#5 Khalil Gibran, le sable et l’écume 

« La poésie n’est pas une opinion qu’on exprime. C’est une chanson qui s’élève d’une blessure qui saigne ou d’une bouche qui sourit. » 

Je penses que la plupart d’entre vous connaissent déjà Le prophète (1923), si ce n’est pas le cas, je  vous recommande de courir à la librairie la plus proche pour vous l’offrir. Si vous voulez une autre pépite de Khalil Gibran, Le sable et l’écume est à lire sans attendre. 

Ce livre regroupe différents recueils «sable et l’écume» «Livre des processions», «Dieux de la terre» et autres poèmes vers la fin.

Entre lyrisme et mysticisme, la philosophie initiatique de Gibran conserve un charme immuable, il invite à l’observation, à l’attention et à la réflexion . Les chants du Livre des processions, notamment le chant 7 où il évoque le destin et la fatalité, m’a particulièrement marqué. Sable et l’écume  est aussi rempli de petites phrases éclatantes de sagesse, à lire et relire, on ne s’en lasse pas. Khalil Gibran, voyageur invétéré, peintre, philosophe mais surtout poète universel, nous offre ici la quintessence de sa pensée sur l’art, l’amour, la justice, le bien et le mal,  l’homme… 

#6Françoise Cloarec, L’indolente, le mystère Marthe Bonnard 

Pour finir cette sélection du mois d’octobre, petit bonus moderne pour changer, 
Françoise Cloarec que j’ai découvert très récemment lors de mes recherches sur Pierre Bonnard, je voulais en savoir plus sur sa muse, Marthe Bonnard, j’ai donc utilisé ce livre comme support pour glaner des informations sur cette dernière, mais plus encore, j’ai été réellement surprise par la fluidité et la belle plume de Françoise Cloarec. Dans ce livre qui décrit la rencontre de Pierre Bonnard avec Marthe de Méligny, de son vrai nom Maria Boursin, elle nous raconte le destin peu commun de celle qui a initié Bonnard à l’amour et qui lui a inspiré tant de toiles qui perdurent jusqu’à aujourd’hui, elle nous décrit sa complexité, ses mensonges, sa honte sociale profonde qui finit par isoler son amant de ses amis et du reste du monde, mais aussi ses côtés attachants et son dévouement à Pierre Bonnard et son art. Françoise Cloarec nous livre avec subtilité les nuances de leur histoire d’amour, on voit la vie du couple entre les passions du début, l’éloignement dû à l’isolement de Marthe et sa maladie (tuberculose scléreuse), puis le bonheur intime et secret entre les deux jusqu’au déclin de Marthe et la succession compliquée de Pierre Bonnard après sa mort.

On rentre dans la vie du peintre et on en apprend d’avantage sur l’indolente, la mystérieuse Marthe Bonnard, celle qui l’a tant aimé et inspiré. À découvrir 🙂 

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