The Roaring Twenties

Sur les traces de la prohibition américaine

19 août 2018

Si je vous dis speakeasies, bootleggers et gangsters,  vous me répondez?

Vous l’aurez deviné, nous allons faire un saut dans le temps et nous promener plus exactement à New York dans les années 1920, sur les traces de la prohibition américaine. 

La prohibition américaine nous ramène à l’époque des années 1920, qualifiées «d’années folles »  en France ou de « Jazz Age » aux Etats Unis, cette époque jouit évidemment d’un mythe bien souvent adulé et cette popularité est culturellement très facile à comprendre, le septième art nous en a servi toute une perspective légendaire, en partant du destin sordide de Duke Ellington au Cotton Club de Harlem ou au Roseland Ballroom en passant par le banditisme du célèbre Al Capone à Chicago ou encore les aventures d’Eliot Ness, relatées dans le célèbre film  (les incorruptibles 1987),  la littérature à la Fitzgerald, la fièvre du swing et du jazz avec en fond, la voix de Louis Armstrong mais de manière générale, de nombreuses réminiscences culturelles l’ont allongé jusqu’à nos jours et ont insufflé un air bien romanesque à l’époque de la prohibition qui, même 85 ans après son abandon, porte encore les effluves du danger mais aussi du glamour et de l’aventure. 

Néanmoins, en dehors de cet aspect très attrayant, rappelons tout de même que cette époque originale, en dehors de son héritage culturel très fort est loin d’avoir été une réussite dans l’histoire américaine et que, cet aspect est tout aussi important à connaitre.  

Vous l’aurez compris, avant de chausser nos T-Straps et de nous déchaîner sur du bon vieux Charleston, nous allons faire un petit tour rétrospectif et remettre un peu les choses dans leur contexte

L’ère de la prohibition et le volstead act  

La prohibition américaine (16 Janvier 1920 jusqu’au 5 Décembre 1933) ou comme certains aiment l’appeler ‘la noble expérience’ a vu le jour officiellement  le 16 janvier 1919 lors de la ratification par 36 états américains du dix huitième amendement à la constitution américaine (Section 1 du XVIIIème Amendement: L’année suivant la ratification de cet article, la production, la vente ou le transport de boissons alcoolisées sont interdites. L’importation vers les États-Unis ou l’exportation en provenance des États-Unis et de tous les territoires sous leur juridiction à des fins de consommation sont également interdites) 

L’amendement est entré en vigueur un an plus tard, instaurant ainsi l’ère de la prohibition, même si par ailleurs, la première loi visant à interdire la vente et la production d’alcool fut instaurée bien avant ça, en 1851 dans le Maine. 

« le Volstead Act », plus communément appelé la loi nationale de 1919 sur la prohibition, a retiré quelques mois après son entrée en vigueur  les licences commerciales de tous les distillateurs, vignerons et autres commerçants travaillant dans la fabrication, transportation et vente de boissons alcoolisées. La loi sur la prohibition a été passée afin de restaurer un semblant de modération et de tempérance au sein d’une population en proie à une consommation abusive d’alcool suite à la fin de la première guerre mondiale. Un amendement soutenu par les femmes en grande majorité à l’époque, car l’alcool restait le facteur majeur de la destruction des foyers (couples et familles). 

Immédiatement après l’application de l’amendement, un brin d’espoir souffle aux Etats Unis où l’on constate nettement une réduction dans le nombre d’accidents causés par l’alcool et une baisse considérable du taux de consommation d’alcool  (30% en moins), un bon signe pour les instigateurs et les protagonistes de « la noble experiment » qui voulaient croire en sa réussite.

L’échec de la prohibition 

Noble dans son intention mais qui reste un échec cuisant tant au niveau politique que social. Durant la décennie, l’interdiction de vente d’alcool, a fait doubler la criminalité, les bootleggers amassaient des gains énormes avec la vente illégale de boissons alcoolisées puisque tout ce que l’état ne pouvait plus taxer passait aux mains des gangs. Les moonshiners (distilleries clandestines) étaient devenues une véritable fourmilière où l’on pouvait s’approvisionner en dehors des médecins prescrivant sur ordonnance du Whiskey Médicinal, les Speakeasies (bars clandestins) se comptaient par dizaines de milliers à New York par exemple. Les gangs avaient proliféré à une vitesse crescendo et avaient instauré un climat de violence et de corruption qui touchait non seulement la police mais également les juges. 

 

Suite à ces nombreuses lacunes et à l’augmentation de la criminalité aux Etats Unis, certains antagonistes de la loi à son émergence, en profitent pour souligner l’inefficacité de celle-ci en invoquant une atteinte aux libertés individuelles et les arguments de l’association contre l’amendement de la prohibition (AAPA, Against the Prohibition Amendement) sont également venus soutenir ce mouvement réfractaire à la loi de la prohibition, mais ce qui a réellement conduit à son échec et permit d’infléchir l’amendement est sans doute la crise économique majeure de l’époque.

Les deux courants prohibitionnistes, le premier ayant eu l’idée utopique que grâce à des campagnes éducatives de sensibilisation, il n y aurait plus de boissons alcoolisées en Amérique, et les autres, plus radicaux qui voulaient une application plus vigoureuse de la loi, ont tout deux échoués et n’ont jamais vu leurs espérances comblées puisque des dizaines de milliers d’americains voulaient profiter de la consommation d’alcool. Le gouvernement ne pouvait pas rivaliser avec un tel nombre, non seulement le financement n’y était pas mais la violence, les gangs et le nombre élevé de morts que la décennie avait compté, sont autant de raisons qui ont démontré que la modération était préférable à l’interdiction. Franklin Roosevelt décide d’abroger le volstead Act en 1933 et les affaires des gangs ont pris un coup dur, ce qui les a amenés à explorer d’autres horizons comme les jeux d’argent, le racket et la prostitution. Une période qui n’est pas des plus glorieuses  pour les Etats-Unis malgré ses nobles intentions.  

 

 

Pour être au coeur des Roaring Twenties 

Si vous êtes comme moi, une old soul et que vous voulez faire un petit tour sur le boulevard des roaring twenties ou que vous aimez l’ambiance smokey du vieux New York mais que vous voulez éviter à votre portefeuille de siffler, voici quelques  adresses phares en plein coeur de Paris:

2- Le Moonshiner: Pour ceux qui veulent revivre le vieux New York des années 1920 autour d’un Smokey Island  

3- Le Gatsby: Le temps d’une nuit, glissez vous dans la peau de Gatsby le roi de la fête durant la prohibition 

Si vous êtes un adepte de théâtre, de danse et de musique, je vous recommande de faire un tour au Palais des Glaces, pour y voir la pièce qui s’y produit en ce moment Speakeasy. Ce cabaret-cirque  porte bien son nom puisque on vous transporte dans un bar clandestin à New York dans les années 1930, le tout sublimé par des chorégraphies impressionnantes!  

 

En terme de livres, en voilà deux pour satisfaire votre curiosité littéraire:

  • L’incontournable: Gatsby le magnifique par Scott Fitzgerald 
  • La fresque historique: Le gang des rêves par Luca Di Fulvio

 

À bientôt pour le prochain article de cette série sur les années 1920 🙂 

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